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Soierie vivante : découverte du tissage à Lyon

En février 2022, j’assistais à une visité contée, organisée par Cybèle, de la Croix-Rousse pour découvrir l’histoire des canuts. Cette visite prévoyait une halte à l’atelier municipal de tissage situé montée Justin Godart avec une démonstration de l’un des métiers à tisser. C’est à cette occasion que j’ai découvert l’association Soierie vivante qui agit pour la sauvegarde du patrimoine de la soie à Lyon et organise des visites guidées de ses ateliers.

Les canuts, une histoire croix-roussienne

Jusqu’au début du XIXe siècle, les tisseurs sont installés dans le Vieux-Lyon et la Presqu’île. Avec la mise au point de la mécanique Jacquard, les logements sont trop petits et manquent de lumière. Dès 1812, le quartier de la Croix-Rousse se métamorphose pour recevoir les ateliers de tissage avec des immeubles à l’architecture fonctionnelle :

  • grandes fenêtres pour faire entrer la lumière : la durée des journées dépendait des saisons. L’été, nous pouvions entendre les métiers à tisser jusque tard, car les journées étaient plus longues ;
  • grande hauteur sous plafond (environ 4 mètres de hauteur) pour installer les métiers à tisser.

Les pentes de la Croix-Rousse sont aussi le théâtre de révoltes des canuts en 1831, 1834 et 1848. D’ailleurs, la visite contée de la Croix-Rousse par Cybèle se déroule durant la révolte de 1831.

Qu’allez-vous découvrir lors de votre visite ?

Les deux ateliers municipaux Soierie vivante sont de vrais anciens ateliers qui ont fonctionné jusqu’à très récemment.

L’atelier de passementerie de la famille Dunoyer-Létourneau

Cet atelier de passementerie Soierie vivante est un véritable atelier-appartement où a grandi et travaillé Henriette Dunoyer, épouse Létourneau. Elle y est même née en 1912. Cet atelier appartenait à son père Jean-Claude Dunoyer, venu de la Saône-et-Loire, pour apprendre le métier de passementier à Lyon. En 1909, il s’installe rue Richan avec ses métiers de passementerie dont l’un date de 1880. Ces métiers seront, par la suite, électrifiés.

Découvrez les ateliers municipaux de Soierie vivante pour connaitre l'histoire de la soie à Lyon.

Au cours de la visite de l’atelier, le guide de Soierie vivante vous présente l’histoire de la famille Dunoyer-Létourneau, les particularités de la passementerie dans le monde du tissage et les origines de l’association. Vous assistez aussi à une démonstration de tissage. En souvenir, avant de partir, vous pouvez même acheter quelques mètres de galons.

Ce sont dans les locaux de l’atelier de passementerie que se déroulent les ateliers pour enfants de Soierie vivante. D’ailleurs, il est possible de réserver un atelier à l’occasion d’une fête d’anniversaire pour enfants à Lyon.

L’atelier de tissage de la famille Fighiera

Cet atelier a fonctionné jusqu’en 1980. Quand vous arrivez sur place, profitez des quelques minutes qui précèdent pour visiter la partie habitation de l’atelier de tissage. Son aménagement intact est un beau témoignage de l’architecture intérieure des logements de canuts au XIXe siècle. Soierie vivante y propose des démonstrations d’un métier à tisser manuel. Vous avez l’occasion de découvrir l’origine d’un des onomatopées du parler lyonnais, « bistanclaque ». Ensuite, pensez à bien boucher vos oreilles, car le guide met en marche les deux métiers à tisser mécaniques.

Informations pour visiter les ateliers municipaux de Soie vivante

Atelier municipal de passementerie

L’atelier municipal de passementerie est ouvert du mardi au samedi toute l’année (sauf les jours fériés). Les horaires d’ouverture sont :

  • mardi : 13 h 30 – 18 h 00
  • du mercredi au samedi : 9 h 00 – 12 h 00 et 13 h 30 – 18 h 00

Vous pouvez assister à deux visites guidées par jour sans réservation à 14 h 00 et à 16 h 00. Chaque visite dure environ 30 minutes.

Cet atelier est situé au siège de l’association Soierie vivante 21, rue Richan dans le 4e arrondissement à Lyon. Sonnez à l’interphone : l’atelier est situé au 1er étage de l’immeuble (pas d’ascenseur).

Atelier municipal de tissage

L’atelier municipal de tissage vous accueille à l’une de ses deux visites guidées à 15 h 00 ou à 17 h 00 du mardi au samedi. Elles ont lieu tous les jours de l’année (sauf les jours fériés). Chaque visite dure environ 30 minutes.

Cet atelier de Soierie vivante 12, montée Justin Godard dans le 4e arrondissement à Lyon. L’entrée donne sur la rue : vous avez quelques petites marches à descendre pour découvrir cet atelier.

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Cybèle, suivre une visite contée de Lyon

En novembre 2021, Trajectoires Tourisme, organisme de formation pour les professionnels du tourisme en Auvergne-Rhône-Alpes, m’a commandé un article sur les nouveaux types de visites guidées. Pour rédiger cet article, j’ai interviewé Lucille Payen, guide chez Cybèle, pour qu’elle me parle du concept de visite contée. Cet entretien m’a donné envie d’assister à l’une des visites Cybèle. Alerte spoiler : je suis devenue fan !

Visite contée du Vieux-Lyon

C’est la première à laquelle j’ai assisté. C’était le 21 décembre 2021, au cœur de l’hiver… Que j’ai eu froid ce jour-là ! Nous avons rendez-vous à la sortie du métro Vieux-Lyon avec l’agent C (oui, chez Cybèle, chaque guide est un agent au service de Gérard Fluchte). Pendant une heure et demi, elle nous transporte dans le Lyon de la Renaissance. Nous suivons l’histoire de Catherine, femme d’imprimeur, en conflit avec un autre imprimeur peu scrupuleux. Cette visite contée redonne vie au quartier Renaissance, classé à l’Unesco. J’ai eu l’impression du début à la fin d’y être. Je voyais les personnages de l’histoire, j’entendais les bruits des machines à imprimer, je sentais l’odeur de l’alcool au fond de la sombre taverne. Et le froid dans tout ça ? On l’oublie… Mieux qu’une série sur Netflix 😉

Visite contée du Vieux-Lyon : 15 euros / adulte & 10 euros pour les moins de 16 ans.

Visite contée de la Croix-Rousse

Après cette première visite contée du Vieux-Lyon, j’ai eu qu’une envie : en faire une autre. Le 15 février 2022, j’ai remonté le temps pour découvrir le combat des Canuts de la Croix-Rousse. Nous sommes en 1831 : les canuts revendiquent un tarif minimum. Les soyeux et le préfet de Lyon font la sourde d’oreille. Que nenni ! Les canuts vont monter des barricades. De la place du Gros Caillou à la place Tolozan, je marche sur les pas de Jîrome, j’entends le bruit des bottes des soldats sur les pavés de la Grande Côte, je suis bercée par la douce musique des poids du métier à tisser Jacquard. Eh oui, le petit bonus de cette visite est d’assister à une démonstration à Soierie vivante d’un métier à tisser. La fin de l’histoire de cette visite contée vous prend aux tripes ! C’était un vrai plaisir de descendre les pentes de la Croix-Rousse, quartier dont j’aime l’ambiance.

Visite contée de la Croix-Rousse : 15 euros / adulte & 10 euros pour les moins de 16 ans.

J’ai déjà prévu ma prochaine visite contée avec Cybèle : ce sera celle des théâtres antiques sur la colline de Fourvière. Et vous, laquelle allez-vous choisir ?

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Pourquoi l’orthographe française est-elle aussi complexe ?

L’orthographe correspond à la transcription écrite d’une langue parlée. C’est également une norme : l’ensemble des règles fixées au fil du temps. L’orthographe française est réputée difficile à maîtriser. Le mot lui-même n’est pas simple puisque, sur onze lettres, il comporte deux h muets ! Étymologiquement, l’ortho-graphe signifie l’écriture correcte. En grec, orthos voulait dire « droit, correct, juste » et graphein avait le sens d’écrire. L’orthographe a deux composantes : l’orthographe lexicale (comment les mots s’écrivent, avec quelles lettres) et l’orthographe syntaxique (comment les mots s’accordent entre eux). Le français a la caractéristique d’être ardu dans les deux domaines. Pour certains, c’est ce qui lui confère tout son charme… Pour d’autres, les voix impénétrables des règles orthographiques sont synonymes de calvaire. Alors, pourquoi l’orthographe française est-elle aussi complexe ? L’explication, historique et culturelle, implique de remonter le temps. 

De la simplicité initiale à une langue prestigieuse

L’orthographe simple de l’ancien français

Au départ, le français est principalement oral. Pour les actes administratifs et les rares écrits, on privilégie le latin. C’est la langue des échanges quotidiens. Au cours du Moyen Âge, les écrits voient le jour. Ils émanent principalement des troubadours et des ménestrels. Peu lettrés, ils utilisent une orthographe simple et transparente qui répond à leurs besoins. À cette époque, on écrit le français comme on le parle.

Le français, langue officielle

L’ordonnance de Villers-Cotterêts, en 1539, fait du français la langue juridique et administrative du royaume. Avec ce nouveau statut, il doit acquérir des lettres de noblesse et devenir la langue des lettrés, des juristes, des administrateurs. Il lui faut, à l’écrit, gagner en précision et en richesse. 

Deux raisons qui expliquent pourquoi l’orthographe française est aussi complexe

Premier facteur de complexité : l’étymologie

Pour faire du français une langue savante, on veut rendre visibles ses origines grecque et latine. L’objectif est de donner au français un ancrage historique. Les insertions de lettres muettes dans les mots, pour des raisons étymologiques, se multiplient. Ainsi, le mot « hier » aurait pu s’écrire « ier », mais un h initial a été ajouté en référence au latin heri. Dans le mot « doigt », le g et le t muets visent à souligner l’étymologie de digitum

L’orthographe française connaît ainsi deux changements majeurs. D’une part, le code graphique ne correspond plus au code oral. D’autre part, l’orthographe endosse un nouveau rôle. Elle n’est plus seulement la retranscription écrite d’un langage oral. Elle devient une norme.

Deuxième facteur de complexité : un alphabet inadapté 

Le problème, c’est que l’alphabet latin n’a pas assez de lettres pour rendre compte des 36 sons du français. Pour pallier cette difficulté, on enrichit alors l’orthographe d’accents et de digrammes (gn, on, eu, in, ain,  ein, an, en, ph, ç, etc.) Ainsi, plusieurs manières de coder un même son apparaissent. Par exemple, le son è peut s’écrire e, è, ê, ei, ai, ey, et… De plus, certaines lettres ont des prononciations variables et correspondent à différents sons. On pense notamment au s ou au g. Le système orthographique devient un véritable casse-tête. 

L’Académie française, celle qui a décidé de l’orthographe française

L’Académie fixe les normes orthographiques 

Mais ce n’est pas tout. Une autre difficulté existe alors : les règles ne sont pas fixées. Chacun est libre d’orthographier les sons à sa guise. Les textes de cette époque font ainsi apparaître des orthographes différentes pour un même mot. Richelieu comprend la nécessité d’officialiser la langue, de lui donner des règles fixes. Pour mener à bien cette mission, il crée l’Académie française en 1635. 

L’orthographe qui « distingue des gens de lettres d’avec les ignorants» 

Dans la première édition du Dictionnaire de l’Académie, en 1694, le parti-pris est sans équivoque. Il n’est pas question de retenir l’orthographe initiale de l’ancien français, une orthographe simple et transparente. Non, les académiciens font le choix d’une orthographe étymologique. L’Académie explique qu’il convient d’adopter « l’ancienne orthographe qui distingue les gens de lettres d’avec les ignorants et les simples femmes.» On ne saurait être plus clair : l’orthographe du français a un objectif de prestige social.

Quand rien n’est simple 

Des simplifications qui aboutissent à des contradictions 

Au début du XVIIIe siècle, le débat se poursuit : est-ce l’étymologie ou l’usage quotidien de la langue qui doit en déterminer l’orthographe ? L’Académie finit par reconnaître, après de longues hésitations et sans grande conviction, que l’usage prime. Les Immortels tardent donc volontairement à mettre en œuvre des simplifications orthographiques. Finalement, des lettres étymologiques disparaissent, mais pas toutes. Des accents circonflexes remplacent le s, mais pas dans tous les mots d’une même famille (se côtoient ainsi des incohérences comme « hôpital » et « hospitaliser »). 

Une orthographe grammaticale à perdre son latin

Sur le plan de l’orthographe grammaticale, là encore la complexité règne. Beaucoup d’accords sont insidieux, car ils ne s’entendent pas à l’oral. Les exceptions accompagnent systématiquement les règles. La maîtrise des accords des participes passés ou de certains pluriels irréguliers relève de l’art. Saviez-vous que, parmi les règles de l’accord des adjectifs de couleur, « rose » ou « pourpre » s’accordent, mais pas « marron »  ou « orange » ? 

L’école de Jules Ferry, cause de la complexité

Avec l’école du peuple, l’orthographe française devient un sujet de travail et d’entraînement pour les instituteurs, car la matière tient une place prépondérante au concours. Les maîtres d’école accordent le plus grand intérêt à cette discipline, préparant leurs élèves à la fameuse dictée du certificat d’études. Ils entrent en résistance contre les velléités de simplification et se font les ardents défenseurs d’une orthographe complexe et élitiste.  

Échec des tentatives de simplification de l’orthographe 

1835 : l’orthographe moderne

L’Académie fait preuve d’une telle frilosité qu’elle réussit, en 1835, un numéro d’équilibriste. Elle propose des simplifications. Mais, en parallèle, elle réintroduit des lettres grecques et instaure des nouvelles règles grammaticales ! 

1900 : la tentative ratée de simplification

L’arrêté relatif à la simplification de la syntaxe de 1900 veut introduire des « tolérances orthographiques  », autrement dit, accepter des écritures qui ne relèvent pas de la norme. Cette tentative rencontre une forte opposition dans les milieux enseignant et culturel. Elle se solde par un échec.

La réforme de 1990, pas vraiment entrée dans les mœurs  

Les rectifications orthographiques de 1990 ont apporté des simplifications ciblées, notamment sur les traits d’union, les pluriels des noms composés, les accents circonflexes. Cette réforme a aussi supprimé certaines incohérences. Mais pas toutes ! De plus, présentée comme facultative, elle n’a été ni enseignée dans les écoles ni appliquée par les éditeurs. Il en résulte un cumul de deux orthographes pour certains mots. Les graphies anciennes ont été conservées alors que de nouvelles ont fait leur apparition. L’orthographe lexicale est progressivement devenue une espèce de millefeuille.

Survivre dans le monde hostile de l’orthographe française   

Quelle serait la panacée ? Une simplification drastique de l’orthographe française répondent certains. Certes… Sauf que ce n’est pas à l’ordre du jour… En attendant, comment déjouer les pièges de l’orthographe ?  

Avoir recours à un correcteur 

Par correcteur, on entend deux choses. 

D’abord, le correcteur orthographique en ligne. Il est capable d’identifier la plupart des erreurs. Le web n’en manque pas. Il suffit d’y copier coller son texte. Le correcteur procède à l’analyse, signale les fautes et en propose une correction. Le bémol : il n’a pas les capacités d’un expert en orthographe et risque ne pas maîtriser certaines règles particulièrement subtiles…

Le correcteur, c’est aussi un humain : un professionnel de l’orthographe française. Maîtrisant parfaitement les règles orthographiques, il se charge d’une relecture et d’une correction des écrits

Améliorer son orthographe

Faire des fautes n’est pas une fatalité. Il est tout à fait possible de progresser et de s’améliorer en orthographe. La solution consiste à se former. Certains bachoteront avec des livres d’orthographe ou une appli tandis que d’autres préfèreront suivre une formation.

Pour attester d’un niveau ou se motiver avec un objectif, il est possible de préparer la certification Voltaire

Des raisons historiques, idéologiques et culturelles expliquent pourquoi l’orthographe française est aussi complexe. Dans notre société, l’orthographe fonctionne comme marqueur d’érudition. Mais surtout, depuis quelques années, elle est devenue un enjeu majeur dans le monde du travail. Un sondage Ipsos d’octobre 2021 indique que, pour 75 % des entreprises françaises, l’orthographe constitue une problématique de premier plan, en termes d’image, de recrutement et de crédibilité. 

L’écrit n’a jamais été aussi présent qu’aujourd’hui. Au travail ou dans la vie quotidienne, les emails, les blogs, les SMS, les posts sur les réseaux sociaux obligent chacun d’entre nous à une vigilance orthographique. 

Céline Reynier-Tissot – rédactrice invitée