Deux récits en suspension

Comme pour Si c’est un homme de Primo Levi, je suis allée piocher une de mes idées lecture dans le programme 2016 de Culture générale : W ou le souvenir d’enfance de Georges Perec. Même si j’ai découvert ce titre lors d’un des précédents thèmes au programme du BTS : « Le sport, miroir de notre société ? », je n’ai jamais pris le temps de le lire intégralement. Quel dommage !

Cette œuvre est vraiment originale car elle imbrique deux histoires : la quête de Georges Perec et la vie de l’île W. Georges Perec tente de se souvenir de son enfance, de sa mère déportée… Le second récit décrit avec minutie l’organisation de la vie sur l’île, qui semble être un idéal de société. D’un chapitre à l’autre, Georges Perec nous bouscule de son enfance à W et vice-versa.

Celui qui pénétrera un jour dans la Forteresse n’y trouvera d’abord qu’une succession de pièces vides, longues et grises. Le bruit de ses pas résonnant sous les hautes voûtes bétonnées lui fera peur, mais il faudra qu’il poursuive longtemps son chemin avant de découvrir, enfouis dans les profondeurs du sol, les vestiges souterrains d’un monde qu’il croira avoir oublié : des tas de dents d’or, d’alliances, de lunettes, des milliers et des milliers de vêtements en tas, des fichiers poussiéreux, des stocks de savon de mauvaise qualité…Georges Perec

Au fil des pages, j’attendais le moment où je lirais le passage que j’avais étudié avec mes étudiants. Plus j’avançais, plus j’étais oppressée par l’univers de W. Enfin, j’arrivais à l’avant-dernier chapitre du livre, ce passage que je voulais redécouvrir à la lumière de l’intégralité du livre. Véritable métaphore de la réalité concentrationnaire, ce passage est toujours aussi puissant car W se révèle enfin au lecteur.

Pas l’ombre d’un doute, W ou le souvenir d’enfance est un incontournable par sa construction atypique et par sa façon de décrire l’indescriptible.

J’ai oublié les raisons qui, à douze ans, m’ont fait choisir la terre de feu pour y installer W : les fascistes de Pinochet se sont chargés de donner à mon fantasme une ultime résonance : plusieurs îlots de la Terre de Feu sont aujourd’hui des camps de déportation.Georges Perec

Image libre de droit, source pixabay.com

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