Laissez-vous guider…

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Géraldine en visite – © Paris, musée de l’Armée / Émilie Cambier

Géraldine est l’une des rédactrices invitée sur Instants lyonnais. Elle a déjà écrit deux super articles : Lyon rugit à Paris et Lyon vous mène en bateau. Aujourd’hui, elle répond à mes questions et vous fait découvrir son métier de guide-conférencière.

Bonjour Géraldine. Tout d’abord, je te remercie de m’accorder cet entretien sur le métier de guide-conférencier. Même si les lecteurs d’Instants lyonnais te connaissent un peu, peux-tu te présenter davantage ?

Je m’appelle Géraldine et mon métier principal est celui de guide-conférencière. J’effectue des visites guidées et des ateliers pédagogiques depuis une dizaine d’années dans divers établissements culturels, principalement des musées, à Paris.

En tant que guide-conférencière, auprès de quels publics interviens-tu ?

C’est l’un des avantages du métier : le public est très divers ! Associations, entreprises, militaires, jeune public (scolaires, familles, centres de loisirs), étudiants, enseignants, délégations… Proposant des visites en anglais, je rencontre également des visiteurs du monde entier. En poste plusieurs années dans des services pédagogiques de musées, les enfants restent cependant mon public privilégié.

Dans le cadre de la rubrique Instants maternels, je désire justement présenter des métiers en lien avec l’enfance. Comment se déroule donc une visite guidée auprès des enfants ?

En amont, j’essaie d’obtenir le maximum de renseignements possible sur le groupe afin d’adapter mon parcours et le contenu de ma visite : certains enfants ont-ils des besoins spécifiques ou des difficultés à se déplacer ? Ont-ils déjà vu en classe une partie des thèmes ou de l’époque abordés ? Quelle est leur ville ou quel est leur pays d’origine (certains objets ou œuvres peuvent y faire référence) ? Les enfants ont-ils tous le même âge ? Etc.

Le jour J, après les avoir accueillis et présentés la visite, je n’hésite pas à faire un petit rappel des règles de conduite que les enfants doivent observer. Utile pour s’y référer en cours de visite lorsqu’une petite mise au point est nécessaire ! Ensuite, c’est parti pour 1 h à 2 h de visite, selon l’activité choisie : visites-contes, ateliers, jeux d’enquête, visites guidées… Avec les enfants, on a le choix ! Le contenu de la visite alterne entre des éléments de contexte général et ce que j’appelle le « décorticage » d’œuvres ou d’objets. Il s’agit de donner des éléments de réponses à des questions toutes simples : qui, quand, où, comment, pourquoi ?

Je m’efforce de capter leur attention en posant leur regard sur des détails, des symboles, des couleurs, etc., en faisant des liens avec des situations ou des objets « modernes » qui leur sont familiers, en leur posant des questions pour guider leur découverte, en exerçant leur sens critique sur les images qu’on leur propose… Et les enfants sont très observateurs, rien ne leur échappe !

Quelques pauses dans le « discours » de la visite sont également nécessaires, et là c’est à eux de jouer ! Jeux d’observation, activités manuelles, livret d’énigmes, devinettes, recherche d’indices… Ces instants plus ludiques demandent parfois un peu de matériel, mais souvent les matériaux les plus simples sont les plus efficaces : un papier, un crayon, un dé, un jeu de cartes et c’est parti ! Récemment, au gré de mes lectures et de discussions que j’ai pu avoir sur l’éducation et la pédagogie, j’ai fait évoluer ces instants axés sur le jeu. J’ai remarqué que beaucoup de ces activités demandaient aux enfants d’être dans un esprit de compétition (défis, équipes adversaires, courses contre la montre…) et que le « message » n’en était pas très positif. Une petite remise en question s’imposait ! Depuis j’essaie de privilégier des jeux collectifs et collaboratifs pour que les enfants jouent les uns avec les autres et non les uns contre les autres.

Important également lors de la visite : la logistique du parcours. Les œuvres que j’ai choisies sont-elles à la bonne hauteur pour les enfants ? La salle contenant l’œuvre est-elle assez grande pour que le groupe puisse l’observer correctement, sans déranger les autres visiteurs ? Mon parcours respecte-t-il la durée prévue ? En cas de mauvais temps pour une activité à l’extérieur, ai-je prévu un « parcours bis » ? Tout cela en veillant au confort et à la sécurité des enfants et des œuvres dans les salles du musée ou à l’extérieur du site.

As-tu des anecdotes à nous partager ?

Mes meilleurs souvenirs de visite restent les visites-contes, où l’on peut embarquer les enfants avec soi le temps d’une histoire et donner libre part à leur imagination. Et ma « mission » est d’autant plus accomplie lorsque je vois briller la même lueur dans les yeux des enfants et des adultes accompagnateurs ! J’ai également recueilli beaucoup de « mots d’enfants » lors de mes visites, inhérents à leur apprentissage du langage. Dans leur bouche, Louis XIV devient « Louis Castor » et la bataille de Rivoli se transforme en bataille de « Ravioli » ! Je me souviens aussi de toute une classe de maternelle qui, chacun leur tour, à la queue leu leu dans le musée, avait tenu à me faire un bisou pour me dire au revoir !

Pour celles et ceux qui aimeraient faire ce métier, quelle formation faut-il suivre ?

Pour porter officiellement le titre de guide-conférencier ou guide-interprète, il faut être détenteur d’une carte professionnelle, à peu à la manière de la carte de presse des journalistes. C’est elle qui vous donne le droit de guider à l’intérieur de la majorité des musées et des monuments français, et garantit votre professionnalisme auprès de vos futurs employeurs ou clients. Que vous soyez guide indépendant ou salarié, la plupart des agences, offices de tourisme, musées et monuments la demandent.

Une formation en histoire, en arts et la pratique courante d’une langue étrangère (l’anglais au minima) sont également requises. Plusieurs voies sont possibles pour l’obtenir : licence professionnelle de guide-conférencier, diplôme de master ayant validé des unités d’enseignements spécifiques, validation des acquis de l’expérience (VAE)… Pour plus d’informations, faites un tour sur le site de la Fédération nationale des guides interprètes et conférenciers. Les formations de médiateur culturel, animateur du patrimoine ou guide-accompagnateur sont également une bonne piste.

Les connaissances en histoire, art et culture générale sont bien sûr importantes, mais rien ne vaut l’expérience du terrain, particulièrement avec les enfants. À leur contact, vous dépenserez pas mal d’énergie : une bonne condition physique, de la patience et de la bienveillance sont alors un atout !

Pour conclure, as-tu quelque chose à ajouter ?

Pour avoir travaillé pour plusieurs musées militaires avec des sujets parfois difficiles, j’ai remarqué qu’une grande majorité de thèmes peut être abordée avec les enfants, lorsque les explications sont claires et que la visite est interactive. Ils sont capables de comprendre beaucoup de choses, parfois même avec plus de lucidité que les adultes !

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